UN ARTICLE PAS TENDRE AVEC L'Ordre des Médecins

Ces bons médecins victimes du Conseil de l’Ordre Juridiction chargée du respect de la déontologie médicale,

le Conseil de l’Ordre des Médecins est pourtant capable de radier deux professeurs osant dénoncer les conflits d’intérêts. En parallèle, elle a fait preuve  d’une étonnante inertie face à des cas graves de manquements au respect des malades.

Paris, 9 novembre 2016 : Le Dr Julien Drouin, médecin généraliste à Marseille, est convoqué à la Chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des médecins. On l’accuse d’avoir conseillé des traitements « non validés » et, surtout, d’avoir « détourné un patient d’un traitement reconnu et éprouvé »… L’affaire a commencé après qu’un habitant de l’Ain, atteint de la maladie de Hodgkin, eut refusé une chimiothérapie, affirmant qu’il  avait pris cette décision sous l’influence d’un « oncologue de Marseille ». L’oncologue en question n’est en réalité qu’un généraliste titulaire d’une mention de psychothérapeute exerçant dans une clinique psychiatrique. Convaincu qu’il existe un lien entre émotions réprimées et cancer, il pratique l’EFT (Emotional Freedom Technique), une approche de régulation émotionnelle utilisant des stimulations de points d’acupuncture, diffuse de nombreux articles sur le sujet dans son blog et donne des conseils par téléphone… Sollicité par le patient de l’Ain via son site Internet, Julien Drouin lui a conseillé des produits « Beljansky », une optimisation alimentaire et une exploration des chocs émotionnels au cours des mois précédant sa maladie sans soupçonner que l’homme, atteint de troubles psychiatriques, souffrait de bouffées délirantes. Immédiatement, le médecin traitant signale le cas au Conseil départemental de l’Ordre de l’Ain qui dépose une plainte auprès  de l’instance régionale. « Ce que je propose est complémentaire au traitement conventionnel et ne vise en rien à le remplacer », se défend Julien Drouin. « En cas de cancer, il ne s’agit aucunement d’éviter les soins conventionnels ». En première instance, il est blanchi par le Conseil régional de l’Ordre qui ne trouve aucun élément permettant d’établir la preuve du détournement de soins. Mais les Conseils départementaux de l’Ain et des Bouches du Rhône font appel de  la décision. Fin janvier 2017, le  verdict de la Chambre disciplinaire nationale tombe : la charge de détournement de patient est retenue ainsi que celle d’application de traitements non validés et celle de consultations payantes par téléphone. Julien Drouin est radié du tableau du Conseil de l’Ordre et perd son droit d’exercer la médecine. Convaincu qu’il aura gain de cause devant le Conseil d’Etat,  son avocat lui conseille de faire appel. Mais Julien Drouin préfère jeter l’éponge. Le 1er juin 2017, il  quitte la clinique psychiatrique qui l’employait et s’installe officiellement comme psychothérapeute. Un statut certes moins confortable financièrement que le précédent  mais qui lui laisse tout loisir de faire connaître la technique EFT  et de publier sur son blog des articles scientifiques sur les guérisons  spontanées du cancer. Cela tout en préparant la publication d’un livre sur la prise en charge émotionnelle de cette maladie sans craindre les foudres de l’institution. « Je ne me considère pas comme une victime du Conseil de l’Ordre. C’est moi qui ai décidé de partir. Pendant un temps, j’avais pensé que je pourrais faire changer les choses de l’intérieur. Mais c’était un peu comme travailler chez Monsanto avec le projet de rendre cette entreprise écologique. Mieux vaut créer la solution ailleurs. » 

ILS RENONCENT À LEUR TITRE DE DOCTEUR  un cas isolé ? Pas vraiment. Au cours de nos enquêtes sur la santé naturelle, nous avons croisé à plusieurs reprises de ces médecins innovants ayant renoncé à afficher  leur titre de docteur pour pouvoir exercer leur art sereinement. Le dernier en date est Michel Ginoulhac, praticien en Rolfing, une thérapie  posturale par remodelage du fascia (voir ABE N°130). Bien que diplômé de la faculté de médecine de Toulouse après une thèse sur cette pratique, et bien que déconventionné de longue date, il a récemment dû supprimer la mention « Dr » devant son nom sur sa plaquette de présentation… Mais le plus étonnant est le motif parfois invoqué lors des condamnations : au cours du mémoire versé par l’accusation dans l’affaire Drouin, l’avocate Danièle Ganem-Chabenet rappelle que les juridictions ordinales ont coutume de sanctionner les médecins mettant en œuvre des traitements alternatifs de cancers pour « ne pas avoir mis en œuvre tous les moyens de persuasion dont ils disposaient pour que les patients poursuivent leurs traitements conventionnels lorsqu’ils s’en étaient détournés ». Dès lors, quand Julien Drouin plaidait qu’il « n’intervient pas sur la décision des patients de continuer ou d’arrêter leur chimiothérapie », conformément à la loi Kouchner qui postule qu’« aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne », il aggravait son cas au regard de la jurisprudence de l’Ordre. Cherchez l’erreur… Mais au-delà des pratiques médicales, ce que semble détester par-dessus tout le Conseil, c’est la publicité pour les approches alternatives. Qu’un praticien dans le secret de son cabinet prescrive des tisanes ou des remèdes de grand-mère, il ne sera que rarement inquiété. Mais
qu’il veuille partager ses résultats ou se faire connaître et c’est la radiation quasi-assurée. Témoin le cas de JeanPierre Willem. Chirurgien, féru de phytothérapie et conférencier international écouté, il plaide depuis plus de trente ans pour la réhabilitation de l’usage des plantes médicinales et le rapprochement entre médecine conventionnelle et médecines traditionnelles. Lui aussi a eu l’obligation de remiser son titre de médecin, « pour utilisation d’approches non conventionnelles ». C’était en 1987,  année même de la création de son association Médecins aux pieds nus et deux ans après avoir inauguré la première chaire de Médecines Naturelles à la Sorbonne. À 79 ans  et au vu de sa reconnaissance internationale, cette sanction a surtout valeur de symbole. En revanche, plus fâcheux fut le cas  historique de Jean-Pierre Maschi. Né en 1928, ce médecin d’origine niçoise a déjà exercé pendant plusieurs années à Madagascar lorsqu’il ouvre un cabinet de médecine générale dans sa ville natale, en 1963. Alerté par la forte prévalence des maladies rhumatismales et de la sclérose en plaques en Occident alors que ces pathologies sont rarissimes dans l’hémisphère Sud, il émet l’hypothèse d’un lien avec la pollution électrique omniprésente dans les habitats occidentaux. En 1967, il  propose à une première patiente des gestes quotidiens visant à décharger l’électricité statique accumulée dans le corps à proximité des appareils électriques : douches des jambes ou du corps, rinçage régulier des poignets et des mains, marche pieds nus sur un sol non électriquement pollué, évitement des chaussures à semelles isolantes et des vêtements synthétiques, bains ou thalassothérapie. Rien que du naturel. S’inspirant des bains de boue des stations thermales, il prépare également une poudre basée sur un mélange à parts égales de feldspath, graphite, quartz, talc et autres minéraux qu’il propose à ses patients de porter sur
le sacrum dans un sachet noué par une ceinture. Placebo ou vrai traitement efficace ? Les résultats obtenus  lui paraissent suffisamment probants  pour qu’il étende cette pratique à toute sa patientèle victime de ces troubles. Pas de quoi émouvoir la communauté médicale. À ceci près qu’espérant une validation officielle,  Jean-Pierre Maschi entreprend en 1968 de faire connaître ses travaux à l’hôpital de Nice et auprès du  Conseil de l’Ordre des médecins des Alpes Maritimes. Erreur ! Alerté de  ces résultats et recueillant plusieurs témoignages de guérisons spectaculaires, un journaliste de l’Agence France Presse rédige une dépêche  qui fait connaître le « docteur miracle » dans toute la France… C’en  est trop pour le Conseil de l’Ordre qui, la même année, le radie à vie pour charlatanisme. La sanction est confirmée par le Conseil d’Etat  en 1970. 


LE « CHARLATAN » EST RÉHABILITÉ

fort de sa notoriété, le médecin poursuit néanmoins ses activités. Il sera poursuivi à trois reprises par l’institution en 1971, 1974 et 1978 pour exercice illégal de la médecine. Mais devant l’innocuité de ses traitements, le généraliste obtient la clémence de la juridiction régionale. Le 1er mars 1990, le président François Mitterrand amnistie le  médecin niçois et fait annuler sa radiation. Le 7 février 2002, le  président Chirac prononce sa réhabilitation. Le « charlatan » est lavé de toute condamnation. Depuis, aucune étude n’a été entreprise pour confirmer ou non l’efficacité  du protocole. Jean-Pierre Marschi aujourd’hui décédé, sa méthode est tombée dans les oubliettes de la médecine sans jamais avoir été évaluée. Car ce que le code déontologique de la médecine sanctionne n’est pas seulement l’utilisation de méthodes inefficaces ou dangereuses mais la simple mise en œuvre de protocoles non validés. De ce fait, qu’un médecin faisant l’objet d’une plainte avance des résultats cliniques pour sa défense est hors du champ de compétence de la juridiction qui n’en tient pas compte. Or, comme le précise Julien Drouin, « il n’existe pas de financement pour la recherche médicale hors médicaments ». Ce qui revient à faire de l’institution une gardienne de l’industrie pharmaceutique, prête à sanctionner toute innovation ou recherche clinique hors médicament. Coïncidence ? Le Conseil de l’Ordre des médecins a été créé en 1941 sous le régime de Vichy, soit l’année où l’on mettait fin au diplôme  d’herboriste… Cette institution est elle génétiquement réactionnaire ? Si elle est prompte à sanctionner ses membres adeptes du naturel, elle le fut tout autant à sanctionner la médecine sociale à ses débuts. Déjà, en 1956, Le Conseil de l’Ordre adressait un blâme au Dr Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé pour avoir créé « La Maternité Heureuse », ancêtre du planning familial. Et en 1973, son  président, le Pr Jean-Louis LortatJacob, manifestait haut et fort son opposition à la loi Simone Veil sur la dépénalisation de l’avortement… À l’inverse, le Conseil de l’Ordre apprécie moins le tapage quand il s’agit de dénoncer les manquements à la déontologie, ou l’emprise de l’industrie pharmaceutique sur la prescription des médicaments. En  1974, le Dr Henri Pradal, spécialiste  de toxicologie qui avait travaillé douze ans dans l’industrie pharmaceutique, publiait un Guide des cent médicaments les plus courants dans lequel il dénonçait l’inutilité de certaines spécialités. Entre polémiques et attaques judiciaires de plusieurs fabricants, l’ouvrage obtenait un immense succès de librairie. Mais six ans plus tard, le Conseil de l’Ordre des médecins condamnait son auteur à trois mois d’interdiction d’exercice. Sa faute ? Avoir diffusé dans un numéro de la revue
L’Impatient, dont il était directeur de la publication, un article dont il n’était pas l’auteur « dénigrant la vaccination antipoliomyélitique et faisant l’apologie de traitements charlatanesques ». Des traitements dont les effets avaient pourtant fait l’objet de publications scientifiques, comme la rééducation musculaire ou l’injection de vitamine C… Quarante ans après, la chasse aux dénonciateurs des errances de l’industrie pharmaceutique se poursuit. En témoigne la  radiation – temporaire – de Bernard Debré et Philippe Even. Le 16 mars  2011, les deux éminents professeurs, l’un alors député, l’autre alors directeur de l’Institut Necker, ont remis au ministre de la Santé un rapport sur la réforme du système du médicament, commandé à la suite du scandale du Mediator. Dans cette contribution, ils dénonçaient entre autres les conflits d’intérêts des 3500 experts  de l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé)  et préconisaient de les remplacer par 40 professeurs des universités praticiens hospitaliers, indépendants de l’industrie pharmaceutique. Les conclusions de ce rapport n’ayant pas été suivies d’effet, en 2012, les deux auteurs publiaient le Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux, sorte de Vidal dissident à l’usage des médecins généralistes et du grand public. Une somme de plus de 600 pages contenant une évaluation des bénéfices et des risques des principales spécialités. Le livre était difficilement attaquable, au détail  près que ses auteurs ne se gênaient pas pour dénoncer la collusion entre l’industrie pharmaceutique et la médecine, critiquant l’inefficacité  de la désensibilisation aux allergies, l’augmentation exponentielle du prix des médicaments, le scandale des statines contre le cholestérol, les « traitements injustifiés appliqués à des maladies fabriquées », « les conflits d’intérêt, les agences de santé irresponsables », etc.
 
Le 18 mars 2014, la sanction tombait. Les deux auteurs écopaient d’un an d’interdiction d’exercer la médecine dont six mois avec sursis, au motif qu’il convient « d’éviter de mettre en cause la compétence et l’honnêteté de médecins, notamment allergologues et cardiologues. » Les deux médecins étant retraités, cette sanction visait avant tout leur crédibilité. Elle suscita une lettre de  soutien de plusieurs médecins ou membres de l’Académie des sciences qui dénonçaient « une sanction portant atteinte à la liberté d’expression, sous le couvert d’une confraternité trop souvent caution de la loi du silence ». À la suite de l’appel d’Even  et Debré, la punition fut réduite à un simple blâme pour avoir traité les allergologues de « gourous » ou de « marchands d’illusion ». Pas de quoi mettre fin à la carrière du livre qui  vient de faire l’objet d’une réédition fin 2016. Or l’instance disciplinaire  ne s’en tint pas là. En décembre  2016, Philippe Even, âgé de 84 ans  et déjà démissionnaire du Conseil de l’Ordre des médecins, subit à nouveau la sanction de radiation. Son crime, avoir « déconsidéré la profession médicale » dans un ouvrage publié en 2015 aux éditions Le Cherche Midi : Corruption et crédulité en médecine. Une « décoration », ironise-t-il. Malgré le soutien des rédacteurs de la revue de référence Prescrire, le professeur n’a pas fait appel de cette décision qui a pris effet le 1er avril dernier : « Je n’exerce plus depuis 16 ans », précise-t-il. « Je me fiche éperdument de l’avis du Conseil de l’Ordre ». Citons également le très médiatique Pr Henri Joyeux, 72 ans. En 2015,  le chirurgien de Montpellier a lancé avec l’Institut pour la Protection de la Santé Naturelle une pétition réclamant le retour du classique vaccin DTP sans aluminium, seul vaccin obligatoire mais en rupture de stock depuis 2008 au profit de  vaccins contenant six valences… Et  de l’aluminium. En 2016, soit plus 
d’un million de signatures plus tard, le chirurgien retraité se voit radié par le Conseil de l’Ordre du Languedoc Roussillon. Mais pour l’heure, il  continue ses consultations gratuites. Sa peine est en effet suspendue, Henri Joyeux et la Chambre départementale du Conseil de l’Ordre ayant fait appel devant la Chambre Nationale.


LA COUR DES COMPTES EST PRÉOCCUPÉE   

La juridiction vichyssoise serait-elle excessivement zélée ? Pas pour tous les manquements à la déontologie, d’après la Cour des Comptes qui, dans son rapport de septembre 2012, se déclarait préoccupée par l’inertie de l’institution concernant la protection des patients : « Son rôle dans le contrôle du respect de la déontologie médicale s’avère très décevant, qu’il s’agisse du traitement des plaintes, du respect du tact et de la mesure dans la détermination des honoraires, ou de la prévention des conflits d’intérêts ». La Cour des Comptes avait bien raison de s’alarmer. En février 2014, le très  réputé gynécologue André Hazout était condamné à huit ans de prison pour agressions sexuelles et viols de patientes. Pourtant, Le Conseil de l’Ordre des médecins, alerté dès 1988, par l’époux d’une patiente, des agissements de ce spécialiste de la procréation médicalement assistée, était resté inactif pendant plus de quinze ans, malgré les doléances répétées. En 1999, à la suite d’un  énième signalement, le médecin avait été convoqué et s’était vu adresser une simple lettre d’admonestation. Pourquoi le dossier Hazout ne futil pas transféré au Conseil régional de l’Ordre des médecins comme le prévoit la loi ? Mystère. Du côté de certains médecins, la  colère monte. En janvier 2016,  Bernard Coadou, médecin retraité de Gironde qui refuse de payer sa
cotisation, crée le « Mouvement médical d’insoumission ordinale partielle » (MIOP). « L’Ordre n’a jamais cessé de prendre parti dans le débat social, de nous présenter ses opinions comme étant celles de l’ensemble du corps médical, alors que beaucoup de ces décisions vont à l’encontre des valeurs de la médecine… » Il est soutenu par l’association de médecins dissidents Contrordre, créée en 1994, qui dénonce depuis sa création le regroupement dans une même structure des pouvoirs réglementaires, exécutifs et juridiques, « à l’antithèse de la démocratie qui se définit notamment par la séparation des pouvoirs, garantie de protection du citoyen ».  Dans une telle configuration, comment avoir une relation de confiance avec son praticien ?  Le Dr Sauveur Boukris, « défenseur de la cause des patients face aux puissances corporatistes », donne le mode d’emploi dans son dernier ouvrage, Libérez le médecin qui est en vous, paru en juin dernier. Son objectif : « Vous mettre sur un pied d’égalité avec les professionnels de santé. (…) ». Son conseil : « Que la décision d’un traitement médical soit prise en commun (…). Le pouvoir médical doit être partagé (…). Le médecin doit comprendre qu’il n’a plus l’exclusivité du savoir. La décision de suivre une prescription ou pas doit être libre et réfléchie. » Quitte à refuser tout traitement ? « L’inertie thérapeutique dans certaines maladies graves comme le cancer ou des situations de fin de vie constitue une alternative et une solution. » Sauveur Boukris sait de quoi il parle. Il y a vingt ans, il a reçu en consultation un homme qui refusait tout traitement pour un cancer présumé du côlon. Il le croise encore  régulièrement, en bonne santé… C’est pourquoi il conseille de ne pas tolérer les comportements agressifs, arrogants ou irrespectueux, quitte à cesser la consultation si le soignant refuse de s’amender. Une feuille de route à mettre entre toutes les mains. Emmanuel Duquoc

JOURNAL D’INFORMATION DES SOLUTIONS ALTERNATIVES DE SANTÉ  NOVEMBRE 2017  N°134

L'ex-président de l'Ordre du Pas-de-Calais demande au CNOM de revenir sur sa radiation

L'ex-président de l'Ordre du Pas-de-Calais demande au CNOM de revenir sur sa radiation à vie

Henri de Saint Roman

| 29.11.2016

 

 

Le Dr Marc Biencourt, ancien président de l'Ordre départemental du Pas-de-Calais, radié à vie en 2013 par l'Ordre national pour avoir emprunté environ 98 000 euros à l'institution départementale (il avait déjà tout remboursé lors de sa radiation), est de retour devant les juridictions ordinales.

Le 26 novembre, le praticien de 66 ans a demandé à la chambre disciplinaire ordinale de première instance de Rennes (celle qui avait prononcé sa radiation) de lever son interdiction d'exercice, comme le permet la loi. Le code de la santé publique autorise en effet un praticien définitivement interdit d'exercice de demander au bout de trois ans à la juridiction ordinale qui l'a condamné de statuer à nouveau sur son cas.

Une nouvelle vie de romancier

Le Dr Biencourt sera fixé sur son sort vers la mi-janvier 2017. S'il juge important pour son honneur de demander la levée de son interdiction d'exercice, le praticien a depuis commencé une carrière de romancier. Il a déjà publié un premier ouvrage « Assassinat sur ordonnance » (Book édition), consacré à ses démêlés avec l'institution ordinale, et a publié l'été dernier un autre roman, « l'Estocade » (Éditions du Panthéon).

Source : Lequotidiendumedecin.fr

 

journal de l'UNOF 10 octobre 2013

"Président de CDOM, on m’a radié de l’Ordre des médecins"


  10-10-2013

 

 

 

Depuis le 1er septembre dernier, le Dr Marc Biencourt, généraliste à Hesdin dans le Pas-de-Calais a l’interdiction d’exercer la médecine. Ancien président du conseil départemental de l’Ordre, et membre du conseil national, il lui est reproché d’avoir détourné de l’argent de l’institution.

 

"Je conteste cette radiation que je considère comme étant purement politique. J’ai engagé un recours devant le Conseil d’Etat". Agé de 63 ans, le docteur Biencourt est outré. Généraliste à Hesdin, près du Touquet depuis 1976, il est très attaché à son métier pour lequel il n’a jamais compté ses heures, 2000 patients en moyenne pour environ 40 consultations par jour. En parallèle de son activité libérale le praticien est passé par une carrière syndicale de 8 ans (militant à la CSMF, membre fondateur de l’UNOF) avant de se diriger vers l’Ordre des médecins.

"J’ai été élu président du conseil départemental du Pas-de-Calais entre janvier 1993 et mars 1999, date de ma démission pour raison familiale. J’ai cinq enfants et il était difficile de tout concilier. En revanche, bien que j’ai quitté mon poste de président, je suis resté au CDOM."

 

98 000 euros lui auraient été versés en trop

Trois ans plus tard, le président en poste ne se fait pas réélire et les candidats manquent pour assurer sa succession. "Je me suis représenté à la demande du conseil, et j’ai été réélu. J’étais également membre du conseil national" raconte Marc Biencourt. Tout cela, c’était avant qu’il ne démissionne des deux postes en février 2011, à la demande du Dr Michel Legmann, qui était alors président du CNOM, pour "discordance dans les comptes".

En 2008, le Dr Biencourt s’attèle au sauvetage de la seule clinique chirurgicale d’Hesdin, menacée de fermeture pour cause de déficit. "Après plusieurs mois de combat, j’ai réussi à entraîner 94 professionnels de santé à racheter la clinique pour un euro symbolique. Chacun avait mis 1000 à 2000 euros dans le capital." En mai 2009, l’activité chirurgicale est relancée, mais les journées du Dr Biencourt deviennent interminables. Le praticien mène de front son combat pour la clinique, les consultations de ses patients et son activité de président du CDOM. "Je me reposais beaucoup sur mon équipe, qui au final, m’a floué" soupire, amer, le généraliste.

Fréquemment, le praticien demandait à son équipe des avances sur ses indemnités de président du conseil départemental de l’Ordre qui lui étaient versées tous les six mois. "J’envoyais un mail à ma cadre comptable pour mes demandes d’avances, mais étant débordé, je ne vérifiais pas les sommes" admet le Dr Biencourt. Bilan, il apprend par la voix du Dr Legmann en 2011, qu’entre 2007 et 2011, il lui aurait été versé 98 000 euros de trop.

 

"Juste coupable d’avoir fait confiance à mon équipe"

"J’étais atterré. Les cadres administratifs, avec la complicité du trésorier, se servaient dans la caisse. Toutes les avances que je percevais étaient validées par le trésorier. Je ne me suis jamais fait un virement ou un chèque tout seul. Dès que j’ai pris connaissance de ces faits, j’ai voulu tout rembourser au plus vite. Cela a été fait dans les trois jours grâce à l’aide de ma famille. Je ne dois plus rien. D’ailleurs, je déclarais toutes ces sommes au fisc, c’est bien la preuve que je ne suis pas un escroc. Je suis juste coupable d’avoir fait confiance à mon équipe sans vérifier derrière eux. Je travaillais 16 heures par jour" se justifie le Dr Biencourt avant d’ajouter " je ne fais pas ce métier pour l’argent. Je ne possède aucun bien".

Envoyé devant la chambre disciplinaire de Bretagne en première instance, le généraliste est radié. Le trésorier écope de deux mois ferme et la cadre administrative est licenciée. Le Dr Biencourt décide alors de faire appel, soutenu par les membres du conseil départemental de l’Ordre du Pas-de-Calais.

"Tout s’est transformé en justice des guignols. Je me suis retrouvé devant quatre confrères qui étaient des amis de trente ans. L’un s’est endormi pendant la séance. Seules quatre questions m’ont été posées. Tout était joué d’avance. J’ai été radié définitivement. A 63 ans, c’est une situation très dure à vivre. J’ai un sentiment d’abandon de mes malades. Il n’y a plus que huit médecins pour 20 000 habitants dans la région. C’est très compliqué", regrette le Dr Biencourt qui ne comptait pas prendre sa retraite.

 

"Le Dr Bouet a eu peur que je me présente"

Pour le praticien cette sanction relève d’un choix politique. "Mon combat acharné pour sauver la clinique ne m’a pas fait que des amis Je pense aussi que j’ai fait peur au conseil national. Ma vision de la médecine est différente de celle des autres. Je crois que l’actuel président le Dr Bouet a eu peur que je me présente et que je sois élu à sa place" soupçonne le Dr Biencourt.

Interrogé à ce sujet, le Dr Bouet n’ a pas souhaité s’exprimer sur une affaire en cours, étant donné qu’il y a un recours devant le Conseil d’Etat. Le Dr Bouet a également tenu à rappeler qu’il est à la tête du CNOM et non de la chambre disciplinaire qui est indépendante.

Affaire à suivre.

 

Source :
www.egora.fr
Auteur : Sandy Berrebi-Bonin

 

 

le réveil de berck du 04/06/14

Marc Biencourt rêve de retravailler

PUBLIÉ LE 04/06/2014 À 08H00

Echos du Touquet / Journal de Montreuil / Réveil de Berck - « Bonjour docteur, merci docteur, à bientôt docteur », ces mots Marc Biencourt les a entendu de multiples fois dans la matinée du jeudi de l'Ascension alors qu'il dédicaçait son livre « Assassinat sur ordonnance » à la maison de la presse d'Hesdin.

Marc Biencourt rêve de retravaillerMarc Biencourt a rencontré ses anciens patients.
« Bonjour docteur, merci docteur, à bientôt docteur », ces mots Marc Biencourt les a entendu de multiples fois dans la matinée du jeudi de l'Ascension alors qu'il dédicaçait son livre « Assassinat sur ordonnance » à la maison de la presse d'Hesdin.

Ce livre est un exutoire après la décision du Conseil d'Etat tombée le 1er  septembre 2013 d'interdire d'exercer au docteur Marc Biencourt, arrivé à Hesdin depuis 1975.
De remplaçant à généraliste en passant par la création du service de soins à domicile au sauvetage de la clinique de Marconne qui deviendra un centre de chirurgie ambulatoire et un centre d'ophtalmologie, Marc Biencourt multiple les engagements pour assurer une présence médicale dans les campagnes.
Pour les ennuis commencent alors qu'il devient vice-président puis président du conseil départemental de l'ordre des médecins de 1992 à 1998, année où il démissionne avant un retour en 2002 jusqu'en 2011.
A cette époque, pour palier à des revenus moindres suite à deux absences prolongées pour accidents et le temps passés pour la clinique, Marc Biencourt perçoit une aide de l'ordre des médecins, aide qui a été entièrement remboursée. Avec des soupçons de problèmes financier au conseil de l'ordre, c'est l'argent qui va entraîner le médecin généraliste presqu'en enfer... Dans ce livre, il revient sur ses quarante ans de carrières, avec un goût amer, envers ses confrères, qui, pour beaucoup, lui ont tourné le dos dans la tourmente.
Entre deux signatures et les mots d'encouragements de ses anciens patients qui, pour beaucoup aimeraient le voir revenir, il a répondu à quelques questions.

Dans quel état
d'esprit êtes-vous ?

« C'est très dur, trop violent et injuste, je me bouffe. Ce livre est un exutoire. Je voulais que les gens sachent réellement ce qui s'est passé  ».

Qu'attendez-vous de la parution de ce livre ?

« J'espère toujours interpeller au niveau national. Je voulais de la justice comme en témoigne la balance sur la couverture du livre ».

Et demain ?

« Je ne m'imaginais pas être en retraite. Je ne me voyais pas m'arrêter de soigner, j'aurais exercé jusque la fin mais là, on m'oblige à délaisser mes patients. Mon plus cher désir est de retravailler même à 64 ans ».

A Hesdin ?

« Plus le temps passe puis Hesdin s'éloigne. Aujourd'hui, installé à Collobrières, petit village du centre Var, mon épouse ne reviendra pas à Hesdin car la famille est marquée aussi par cet événement qui a des conséquences humaines, morales et financières ».

Mauricette FAY
L e livre est en vente dans les deux librairies d'Hesdin.



Le Réveil de Berck

 

LA VOIX DU NORD du 30/01/2015 de David SAGOT

         Hesdin : radié par ses pairs, le médecin Marc Biencourt s’immerge dans l’art

Publié le 30/12/2015

Par David SAGOT

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QUE SONT-ILS DEVENUS ? Deux ans après son interdiction d’exercer la médecine, qu’est devenu Marc Biencourt ? Croyant toujours en sa réhabilitation, il se consacre en attendant à la peinture et l’écriture.

 La page n’est pas complètement tournée pour Marc Biencourt, qui va demander dans quelques mois un réexamen de son cas pour réexercer la médecine.
 

Retour le 13 mai 2013. La chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des médecins, radie l’ex-président du conseil de l’ordre des médecins du Pas-de-Calais (fonction qu’il a exercée pendant dix-huit ans).

En cause : des erreurs de surveillance de comptabilité au moment il consacrait tout son temps à sauver de la fermeture la Clinique des 7 Vallées. Aucune escroquerie ni erreur médicale, mais des avances jugées non réglementaires de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Sommes que le médecin a intégralement remboursées depuis.

Crime à l’épée à Hesdin-la-Forêt

De cet épisode douloureux est sorti en 2013 un livre témoignage, Meurtre sur ordonnance, vendu à plus de 450 exemplaires. Mais l’homme n’a pas abandonné l’idée, à bientôt 66 ans, de pouvoir une nouvelle fois exercer la médecine. « C’est toute ma vie, explique-t-il. Je vais demander une autorisation pour capacité d’exercice en mai 2016. » En attendant, le sexagénaire utilise tout son temps libre pour s’adonner à l’écriture et à la peinture. Il finalise actuellement son deuxième ouvrage : « Il s’appellera L’Estocade. C’est un thriller se déroulant en 2020 dans une cité qui s’appelle Hesdin-la-Forêt. Un meurtre à l’épée y est commis. S’ensuit une vague de d’assassinats qui terrorise le secteur. Pour sauver sa peau et se disculper, le personnage principal en vient à mener l’enquête . »

Vivant près de Nîmes, le retraité a également repris le pinceau qu’il avait temporairement mis de côté pour se lancer dans une série de toiles d’obédience néofigurative. « C’est un loisir que j’avais laissé de côté du fait de mes activités professionnelles. » Des activités professionnelles qui, amplifiées par un syndrome d’hyperactivité en lien avec un traumatisme crânien en 2006, avaient pris le dessus sur sa manière d’évaluer la juste mesure de la situation au moment du sauvetage de la clinique.

« Je n’étais plus lucide »

« Je n’étais plus lucide. Certains en ont abusé, raconte-t-il. Aujourd’hui cela va beaucoup mieux. Je consulte un psychanalyste une fois par semaine. Si par bonheur il m’arrivait d’être réhabilité en 2016, je ne serai plus le médecin qui consultait et 40 à 50 patients par jour. Et je ne m’installerai pas à Hesdin. » Et si le voyage au bout de la nuit de Marc Biencourt se terminait en journal d’un médecin de campagne ?

L'EPILOGUE D'UNE SALE AFFAIRE DE POUVOIR AU CNOM

         Pas-de-Calais : déjà radié, l’ex-président du Conseil départemental des médecins condamné

Publié le 26/02/2016

PAR STÉPHANE DEGOUVE

C’est peut-être l’épilogue pour l’ancien président du Conseil départemental de l’ordre des médecins englué dans une affaire financière qui le suit depuis des années. Radié en 2013, il a été condamné mercredi pour abus de confiance.

Radié par ses pairs, l’ancien président du Conseil départemental de l’ordre des médecins a été condamné par les juges béthunois. PHOTO ARCHIVES PHILIPPE PAUCHETVDN
 

C’est le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) qui, fin 2013, a porté plainte contre le Dr Marc Biencourt après avoir relevé des éléments anormaux dans les comptes du Conseil départemental de l’ordre des médecins (CDOM). « Il a abusé de sa position de président pour obtenir des avances injustifiées » comme le résume l’avocat du CNOM. En cause, un prêt de 30 000 € en 2007, puis un autre de 9 000 €, avec une reconnaissance de dette et l’accord du trésorier, ainsi que des avances sur ses indemnités de président. Au final, on parle de 100 voire 120 000 €. Personne ne nie ces sommes mais les versions divergent quant à leur octroi.

L’affaire a déjà valu une radiation à vie de celui qui a été le « premier médecin du Pas-de-Calais » durant 18 ans. Mercredi, ce sont les juges béthunois (le siège du CDOM se trouve à Béthune) qui ont étudié ce qui, aux yeux de la justice, est un abus de confiance.

Les prêts ont été remboursés

Marc Biencourt reconnaît ces prêts et ces avances. « J’étais en grande difficulté » explique-t-il, après un grave accident et une baisse de son activité. À découvert de 71 000 €, il a obtenu de l’aide du CDOM, comme cela s’est, selon lui, déjà fait dans le passé. Mais cette somme empruntée « à un moment où j’ai perdu conscience des réalités » précise-t-il, il l’a remboursée.

Le président réplique : « Si vous avez été élu sur une période si longue, c’est que vous êtes compétent mais l’Ordre n’est pas une association caritative ». Le procureur voit, lui, « une trahison de la confiance de ses pairs » dans les « avances démesurées » évoquées.

Ni tromperie ni vol

Mais Me Dubout, avocat du médecin, a une autre vision des choses. À cette époque-là, entre 2007 et 2011, son client était fragile après un accident, une baisse d’activité, son combat pour sauver la clinique d’Hesdin, et au final des « graves difficultés financières ».

Le médecin, reconnu et apprécié, a alors trouvé du soutien auprès du CDOM, avec une reconnaissance de dettes et le trésorier avisé. L’avocat réfute l’abus de confiance puisqu’il n’y a eu ni tromperie, ni dissimulation. Et, surtout, « il a remboursé de manière transparente toute la dette ».

Acharnement ?

L’avocat estime, de son côté, qu’une « rivalité de pouvoirs dans un organisme très puissant » est la seule justification de cet acharnement contre son client pour lequel il a plaidé la relaxe. Les juges ont pourtant condamné Marc Biencourt à douze mois de prison avec sursis et 1€ de dommages et intérêt à verser au CNOM.